{"id":470,"date":"2012-01-09T22:21:09","date_gmt":"2012-01-09T22:21:09","guid":{"rendered":"https:\/\/cldc.org\/?p=470"},"modified":"2012-01-09T22:21:09","modified_gmt":"2012-01-09T22:21:09","slug":"aeta-veggie-libel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cldc.org\/fr\/aeta-veggie-libel\/","title":{"rendered":"Lois sur la diffamation v\u00e9g\u00e9tarienne\u00a0: tentatives d'intimidation des militants des droits des animaux"},"content":{"rendered":"<p>En 1964, dans l'affaire New York Times c. Sullivan, la Cour supr\u00eame des \u00c9tats-Unis a statu\u00e9 que le Premier Amendement prot\u00e8ge les individus qui font des d\u00e9clarations diffamatoires relatives \u00e0 des questions d'int\u00e9r\u00eat public, tant que ces d\u00e9clarations ne sont pas faites avec une malveillance r\u00e9elle ou une n\u00e9gligence t\u00e9m\u00e9raire quant \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. La Cour est parvenue \u00e0 cette d\u00e9cision \u201c dans le contexte d'un profond engagement national envers le principe que le d\u00e9bat sur les questions publiques doit \u00eatre libre, \u00e9nergique et ouvert \u00e0 tous \u201d (1). Leur d\u00e9cision a \u00e9tabli un pr\u00e9c\u00e9dent pour une charge de la preuve accrue dans les affaires de diffamation impliquant des questions d'int\u00e9r\u00eat public (2).<\/p>\n<p>Mais pr\u00e8s de quarante ans plus tard, sous la pression des grands lobbys de la viande, des produits laitiers et de l'agriculture, les \u00c9tats ont commenc\u00e9 \u00e0 adopter des \u201c lois sur la d\u00e9nigrement des aliments \u201d, con\u00e7ues pour faciliter la mise en cause par les producteurs alimentaires des individus critiquant leurs produits. Treize \u00c9tats (Alabama, Arizona, Colorado, Floride, G\u00e9orgie, Idaho, Louisiane, Mississippi, Dakota du Nord, Ohio, Oklahoma, Dakota du Sud et Texas) ont adopt\u00e9 une forme de ces lois sur le d\u00e9nigrement. Bien qu'elles diff\u00e8rent toutes l\u00e9g\u00e8rement, ces lois abaissent toutes la norme de malveillance r\u00e9elle et de fausset\u00e9 \u00e9tablie dans l'affaire New York Times Co. c. Sullivan. Elles permettent \u00e9galement \u00e0 l'entreprise alimentaire plaignante de percevoir des dommages punitifs et des honoraires d'avocat contre le d\u00e9fendeur, en plus de tout dommage \u00e9conomique d\u00e9coulant des d\u00e9clarations du d\u00e9fendeur.<\/p>\n<p>Ces lois sur la diffamation alimentaire sont devenues connues sous le nom de \u201c lois sur le libelle v\u00e9g\u00e9tal \u201d car elles ont souvent \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es contre les militants pour les droits des animaux et les v\u00e9g\u00e9tariens qui travaillaient \u00e0 d\u00e9noncer les cons\u00e9quences n\u00e9fastes de la consommation de viande. La c\u00e9l\u00e8bre animatrice de talk-show Oprah Winfrey est devenue la victime d'un proc\u00e8s pour libelle v\u00e9g\u00e9tal lorsque le Texas Beef Group a intent\u00e9 une action en justice contre elle et l'ancien \u00e9leveur devenu critique Howard Lyman, pour avoir fait une \u00e9mission sur les dangers de la maladie de la vache folle. Comme l'a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l'affaire Oprah, ces lois \u00e9touffent le droit du public \u00e0 la libert\u00e9 d'expression en soumettant quiconque souhaite s'exprimer sur des questions relatives aux produits alimentaires (telles que les risques pour la sant\u00e9, les implications \u00e9thiques, les impacts environnementaux, etc.) \u00e0 des dommages et int\u00e9r\u00eats civils et \u00e0 des co\u00fbts juridiques. Imaginez si de tels obstacles avaient exist\u00e9 lorsque Upton Sinclair d\u00e9non\u00e7ait les risques pour la s\u00e9curit\u00e9 et la sant\u00e9 des abattoirs, ou lorsque d'autres remettaient en question la s\u00e9curit\u00e9 de l'utilisation de la coca\u00efne dans le Coca-Cola.<\/p>\n<p>Les lois sur la diffamation alimentaire contredisent totalement la sagesse de la Cour supr\u00eame selon laquelle le public devrait \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 participer, sans crainte de repr\u00e9sailles, aux d\u00e9bats sur des questions d'int\u00e9r\u00eat social et politique, m\u00eame si elles sont controvers\u00e9es ou potentiellement diffamatoires. Comme l'a d\u00e9clar\u00e9 le juge qui a rejet\u00e9 l'affaire contre Oprah Winfrey : \u201c Il serait difficile d'imaginer un sujet de discussion qui puisse int\u00e9resser davantage tous les Am\u00e9ricains que la s\u00e9curit\u00e9 des aliments qu'ils consomment. \u201d (3)<\/p>\n<h2>Origines des lois<\/h2>\n<p>En f\u00e9vrier 1989, CBS a diffus\u00e9 un \u00e9pisode de 60 Minutes intitul\u00e9 \u201c A comme pomme \u2018. (4) L'\u00e9pisode est n\u00e9 d'un rapport du Natural Resources Defense Council (NRDC) qui a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les dangers d'un produit chimique pulv\u00e9ris\u00e9 sur les pommes, le daminozide, ou \u2019 Alar \u201d comme il est commun\u00e9ment appel\u00e9, pour r\u00e9guler et am\u00e9liorer leur croissance et leur couleur. L'\u00e9pisode de 60 Minutes s'est concentr\u00e9 sur les conclusions du NRDC selon lesquelles l'Alar est un canc\u00e9rog\u00e8ne dangereux, capable d'exposer des millions d'enfants consommateurs de pommes \u00e0 un risque de cancer plus tard dans la vie. (5) Le rapport a indiqu\u00e9 que les enfants \u00e9taient particuli\u00e8rement \u00e0 risque car ils absorbent et retiennent plus de ce qu'ils mangent que les adultes par unit\u00e9 de poids corporel. (6) Des millions de personnes ont regard\u00e9 l'\u00e9pisode sur l'Alar, et une panique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e a \u00e9clat\u00e9. (7) Les districts scolaires ont retir\u00e9 les pommes des caf\u00e9t\u00e9rias scolaires, les \u00e9piceries les ont retir\u00e9es des \u00e9tag\u00e8res, l'actrice Meryl Streep a t\u00e9moign\u00e9 devant le Congr\u00e8s sur les dangers de l'Alar, et par cons\u00e9quent, les producteurs de vergers de pommes ont perdu des millions de dollars. (8) Le fabricant de l'Alar, Uniroyal Chemical Co., a \u00e9t\u00e9 contraint d'arr\u00eater de vendre le produit chimique. (9) En 1989, l'Environmental Protection Agency a interdit l'Alar en raison de \u201c probables canc\u00e9rog\u00e8nes pour l'homme \u201d. (10)<\/p>\n<p>L&#x27;impact de la pol\u00e9mique autour de l&#x27;Alar sur les ventes de pommes a \u00e9t\u00e9 catastrophique pour le secteur. En 1990, un groupe de producteurs de pommes de l&#x27;\u00c9tat de Washington a intent\u00e9 un proc\u00e8s de $250 millions contre CBS, all\u00e9guant que l&#x27;\u00e9mission \u2019 60 Minutes \u201c avait diffam\u00e9 \u00e0 tort leurs produits. Les plaignants ont fait valoir que, puisque les seuls tests ayant d\u00e9montr\u00e9 la canc\u00e9rog\u00e9nicit\u00e9 de l\u2019Alar avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s sur des animaux, il \u00e9tait faux de mettre en garde contre les effets canc\u00e9rig\u00e8nes de l\u2019Alar chez l\u2019homme. Cependant, le tribunal de premi\u00e8re instance a estim\u00e9 que, les producteurs n\u2019\u00e9tant pas en mesure de prouver le caract\u00e8re mensonger des avertissements des d\u00e9fendeurs concernant l\u2019Alar, ils ne pouvaient pas faire valoir leur action en justice.(11) En appel, les producteurs ont fait valoir que, bien qu\u2019ils n\u2019aient pas pu prouver le caract\u00e8re mensonger des d\u00e9clarations, un jury aurait pu conclure que l\u2019\u00e9pisode de \u201d 60 Minutes \u00bb contenait un message manifestement faux s\u2019il avait visionn\u00e9 l\u2019\u00e9pisode dans son int\u00e9gralit\u00e9.(12) La Cour a jug\u00e9 cet argument du \u00ab message mensonger \u00bb peu convaincant et a confirm\u00e9 le rejet de l\u2019action en justice par le tribunal de premi\u00e8re instance.(13)<\/p>\n<p>L'industrie de la pomme n'a pas \u00e9t\u00e9 entach\u00e9e \u00e0 jamais, et les ventes de pommes ont rebondi apr\u00e8s que l'Alar a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 du march\u00e9. Cependant, l'industrie agricole a eu peur : si une seule \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision pouvait causer des dommages \u00e9conomiques aussi d\u00e9vastateurs \u00e0 la pomme, jusque-l\u00e0 toujours immacul\u00e9e, on ne pouvait pas savoir quels dommages pourraient \u00eatre caus\u00e9s \u00e0 des produits alimentaires plus controvers\u00e9s, comme la viande et les produits laitiers, sous un \u00e9clairage similaire. Apr\u00e8s l'affaire Auvil c. CBS 60 Minutes, l'industrie alimentaire a r\u00e9alis\u00e9 que les lois existantes sur la diffamation, qui pla\u00e7aient la charge de la preuve de la fausset\u00e9 sur le plaignant, \u00e9taient insuffisantes pour les prot\u00e9ger contre la d\u00e9nigrement de produit moderne.<\/p>\n<p>C'est dans ce contexte, qu'en 1992, l'American Feed Industry Association (AFIA), une organisation de lobbying pour les industries de plusieurs milliards de dollars de l'alimentation du b\u00e9tail et des animaux de compagnie, a engag\u00e9 un cabinet d'avocats de Washington, D.C. pour r\u00e9diger une loi type afin de mieux prot\u00e9ger leurs int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques.(14) Lorsqu'elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois au procureur g\u00e9n\u00e9ral des \u00c9tats-Unis, celui-ci a recommand\u00e9 des changements majeurs de peur que la loi n'empi\u00e8te sur les droits du premier amendement.(15) Cependant, treize \u00c9tats (en grande partie des \u00c9tats agricoles avec des industries d'\u00e9levage en plein essor) ont adopt\u00e9 des formes de la loi type de leur propre initiative et malgr\u00e9 les avertissements f\u00e9d\u00e9raux. Les trois dispositions suivantes, suspectes d'un point de vue constitutionnel, sont communes \u00e0 toutes les lois de ces \u00c9tats:(16)<\/p>\n<ol>\n<li>Ils \u00e9liminent et\/ou remplacent la norme de malice r\u00e9elle \/ m\u00e9pris t\u00e9m\u00e9raire \u00e9nonc\u00e9e dans New York Times, Co. c. Sullivan par une norme de n\u00e9gligence plus faible, ce qui signifie que l'entreprise n'a qu'\u00e0 prouver que le d\u00e9fendeur a \u00e9t\u00e9 n\u00e9gligent en faisant des d\u00e9clarations fausses ou diffamatoires.<\/li>\n<li>S'\u00e9loignant encore davantage de la norme de la Cour supr\u00eame, les lois stipulent que les personnes peuvent \u00eatre poursuivies non seulement pour des \u201cd\u00e9clarations de faits fausses\u201d, mais pour toute \u201cinformation fausse\u201d, une cat\u00e9gorie beaucoup plus large qui pourrait inclure, par exemple, des hypoth\u00e8ses scientifiques et des opinions.<\/li>\n<li>Les lois lib\u00e9ralisent la recevabilit\u00e9 en action en supprimant l'exigence que la d\u00e9claration pr\u00e9tendument d\u00e9nigrante soit \u201c\u00a0faite et concerne\u00a0\u201d le produit de l'entreprise. Par exemple, si une personne d\u00e9nigre le b\u0153uf dans son ensemble, toute personne impliqu\u00e9e dans l'industrie du b\u0153uf pourrait se pr\u00e9senter comme un plaignant potentiel.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Ce n'\u00e9tait qu'une question de temps avant que quelqu'un ne tombe dans ce pi\u00e8ge. Ce quelqu'un \u00e9tait Oprah Winfrey.<\/p>\n<h2>Texas Beef Group c. Winfrey<\/h2>\n<p>Le co-accus\u00e9 d\u2019Oprah Winfrey, Howard Lyman, un ancien \u00e9leveur de b\u00e9tail devenu lanceur d\u2019alerte, a profit\u00e9 de son malheur pour sensibiliser davantage le public, non seulement aux effets n\u00e9fastes de l\u2019industrie de la viande, mais aussi aux dommages que les lois sur le d\u00e9nigrement des aliments pourraient causer aux principes fondamentaux de la libert\u00e9 d\u2019expression. Il a ironis\u00e9 en d\u00e9clarant que ceux qui l\u2019avaient poursuivi en justice \u201c semblent croire que le Premier Amendement\u2026 n\u2019\u00e9tait pas cens\u00e9 \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 de mani\u00e8re aussi large au point de permettre aux gens de tenir des propos d\u00e9sagr\u00e9ables sur le b\u0153uf \u201d. Et d\u2019ajouter : \u201c Il peut arriver des choses \u00e9tranges quand on dit la v\u00e9rit\u00e9 dans ce pays. On peut se faire poursuivre en justice. \u201d(17)<\/p>\n<p>En 1996, une nouvelle souche d\u2019enc\u00e9phalopathie spongiforme transmissible, connue sous le nom de maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), est apparue en Grande-Bretagne.(18) La MCJ est une maladie c\u00e9r\u00e9brale d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative toujours mortelle qui se d\u00e9veloppe chez l&#x27;homme apr\u00e8s la consommation de viande bovine infect\u00e9e par l&#x27;enc\u00e9phalopathie spongiforme bovine, ou maladie de la vache folle.(19) Les scientifiques ont d\u00e9couvert que la maladie de la vache folle est susceptible de se d\u00e9velopper chez les bovins nourris avec des compl\u00e9ments prot\u00e9iques contamin\u00e9s, d\u00e9riv\u00e9s de ruminants et fabriqu\u00e9s \u00e0 partir de cadavres de bovins et d\u2019ovins transform\u00e9s.(20) Les animaux qui meurent dans les exploitations agricoles avant d\u2019avoir pu \u00eatre abattus sont envoy\u00e9s dans des usines d\u2019\u00e9quarrissage pour \u00eatre transform\u00e9s en cosm\u00e9tiques, lubrifiants, savons, bougies et cires.(21) Les prot\u00e9ines plus lourdes et les mati\u00e8res f\u00e9cales qui ne peuvent pas \u00eatre utilis\u00e9es dans ces produits de consommation sont pulv\u00e9ris\u00e9es en une poudre brune qui sert d\u2019additif dans la quasi-totalit\u00e9 des aliments pour animaux de compagnie ainsi que dans l\u2019alimentation du b\u00e9tail.(22) La plupart des animaux envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9quarrissage sont morts parce qu\u2019ils \u00e9taient malades, par exemple atteints de la bact\u00e9rie E. coli et\/ou de la maladie de la vache folle.(23) Par cons\u00e9quent, nourrir les bovins avec ces compl\u00e9ments prot\u00e9iques issus de ruminants malades contribue \u00e0 propager encore davantage la maladie de la vache folle.(24)<\/p>\n<p>Le lien entre la MCJ (la souche de la maladie de la vache folle mortelle pour l\u2019homme) et la consommation de viande bovine a sem\u00e9 la panique en Grande-Bretagne.(25) La nouvelle de cette panique est parvenue aux \u00c9tats-Unis, et plusieurs m\u00e9dias, dont le New York Times, Newsweek et le Wall Street Journal, ont publi\u00e9 des articles sur les dangers de la maladie de la vache folle. Cela a suscit\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00e9mission \u201c The Oprah Winfrey Show \u201d.(26) Le 11 avril 1996, Oprah a anim\u00e9 une \u00e9mission intitul\u00e9e \u00ab Dangerous Foods \u00bb(27), qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 une bataille juridique chaotique, co\u00fbteuse et interminable.(28)<\/p>\n<p>L&#x27; \u00e9pisode intitul\u00e9 \u201c Dangerous Food \u201d mettait en sc\u00e8ne Howard Lyman, ancien \u00e9leveur de b\u00e9tail devenu v\u00e9g\u00e9tarien et d\u00e9fenseur des droits des animaux, ainsi qu\u2019un repr\u00e9sentant de la National Cattlemen\u2019s Beef Association, un repr\u00e9sentant du minist\u00e8re am\u00e9ricain de l\u2019Agriculture sp\u00e9cialiste de la maladie de la vache folle, et un m\u00e9decin sp\u00e9cialiste du traitement des personnes atteintes de la MCJ en Grande-Bretagne.(29) En ce sens, Oprah Winfrey a donn\u00e9 la parole \u00e0 de nombreux acteurs. L\u2019\u00e9mission a d\u00e9but\u00e9 par un segment consacr\u00e9 aux d\u00e9c\u00e8s caus\u00e9s par la maladie de la vache folle en Grande-Bretagne.(30) Oprah Winfrey avait r\u00e9uni un panel de m\u00e9decins et de proches de personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es apr\u00e8s avoir mang\u00e9 un hamburger.(31) La deuxi\u00e8me partie posait la question suivante : \u201c Cela peut-il arriver ici ? \u201d Un panel compos\u00e9 de scientifiques, de m\u00e9decins et de personnes issues du secteur de l\u2019\u00e9levage bovin s\u2019est pench\u00e9 sur la question de savoir si la maladie de la vache folle pouvait causer des d\u00e9c\u00e8s aux \u00c9tats-Unis.(32) Les m\u00e9decins et les scientifiques ont cherch\u00e9 \u00e0 dissiper toute crainte quant \u00e0 une \u00e9ventuelle exposition des Am\u00e9ricains \u00e0 la maladie de la vache folle, mais Howard Lyman a soutenu le contraire.(33) Il a soutenu avec v\u00e9h\u00e9mence que les \u00c9tats-Unis devaient instaurer une interdiction obligatoire de l\u2019alimentation des ruminants par des d\u00e9chets provenant d\u2019autres ruminants, et a estim\u00e9 que le pays risquait de conna\u00eetre une \u00e9pid\u00e9mie similaire \u00e0 celle qui avait frapp\u00e9 l\u2019Angleterre.(34) Mais plus encore que les propos de Lyman, c\u2019est la r\u00e9action choqu\u00e9e d\u2019Oprah Winfrey qui a sem\u00e9 la panique dans l\u2019industrie bovine : \u201c Les vaches sont des herbivores \u201d, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9. \u201c Elles ne devraient pas manger d\u2019autres vaches\u2026 \u00c7a m\u2019a tout simplement coup\u00e9 l\u2019envie de manger un autre hamburger. \u201d(35)<\/p>\n<p>Imm\u00e9diatement apr\u00e8s la diffusion de l&#x27;\u00e9mission \u201c Dangerous Foods \u201d, les ventes de viande bovine ont chut\u00e9.(36) Au cours de la semaine pr\u00e9c\u00e9dant la diffusion de l\u2019\u00e9mission, les bovins de boucherie se vendaient environ $61,90 par hundredweight.(37) Apr\u00e8s l\u2019\u00e9mission, le prix a chut\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 atteindre la fourchette des $50, et les ventes de viande ont \u00e9galement baiss\u00e9. Les \u00e9leveurs affirment que cette crise s\u2019est prolong\u00e9e pendant environ onze semaines.(39) La nouvelle de l\u201c\u201d Oprah Crash \u201c sur le march\u00e9 du b\u00e9tail s\u2019est rapidement r\u00e9pandue, et plusieurs \u00e9leveurs se sont plaints aupr\u00e8s de ses producteurs.(40) Oprah s\u2019est montr\u00e9e sensible \u00e0 la situation difficile des \u00e9leveurs et leur a offert une tribune dans une \u00e9mission de suivi une semaine plus tard, sans la pr\u00e9sence de d\u00e9fenseurs des droits des animaux, de l\u2019environnement ou de la sant\u00e9.(41) Oprah a m\u00eame re\u00e7u une lettre de remerciement du pr\u00e9sident de la National Cattlemen\u2019s Beef Association pour avoir donn\u00e9 aux \u00e9leveurs l\u2019occasion de \u201d remettre les choses au clair \u00bb.(42)<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, les \u00e9leveurs texans Paul F. Engler et Cactus Feeders, Inc. (Texas Beef Group) ont poursuivi Winfrey et Lyman le 28 mai 1996(43) en r\u00e9clamant $10,3 millions de dommages-int\u00e9r\u00eats en vertu de la loi texane sur la diffamation des produits alimentaires p\u00e9rissables (Texas False Disparagement of Perishable Food Products Act).(44) En vertu de la loi texane, une personne est tenue de verser des \u2019 dommages-int\u00e9r\u00eats et toute autre r\u00e9paration appropri\u00e9e \u2019 si elle \u201c diffuse de quelque mani\u00e8re que ce soit au public des informations relatives \u00e0 un produit alimentaire p\u00e9rissable ; si elle sait que ces informations sont fausses ; et si ces informations affirment ou laissent entendre que le produit alimentaire p\u00e9rissable n\u2019est pas propre \u00e0 la consommation par le public.(45)<\/p>\n<p>En fin de compte, le tribunal a donn\u00e9 raison \u00e0 Winfrey et Lyman et a rendu un jugement sommaire en leur faveur.(46) Le juge a not\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait de la premi\u00e8re occasion pour le tribunal d\u2019examiner et d\u2019interpr\u00e9ter une action en justice pour d\u00e9nigrement alimentaire, mais comme il a estim\u00e9 que les \u00e9leveurs n\u2019avaient pas fourni de preuves suffisantes, il n\u2019a pas eu \u00e0 se prononcer sur la constitutionnalit\u00e9 de la loi.(47) Le juge a estim\u00e9 que le b\u00e9tail ne constituait pas un \u201c produit alimentaire p\u00e9rissable \u201d au sens de la loi. De plus, rien ne prouvait que Lyman et Winfrey aient \u201c sciemment \u201d fait de fausses d\u00e9clarations au sujet du secteur dans l\u2019intention de le d\u00e9nigrer.(49) Les \u00e9l\u00e9ments de preuve sugg\u00e9raient que, bien que Lyman et Winfrey aient pu faire preuve d\u2019hyperbole dans leur discussion sur la maladie de la vache folle, rien ne prouvait qu\u2019ils savaient que leurs informations \u00e9taient fausses.(50) Le juge a rejet\u00e9 la plainte, et Oprah a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 la sortie du tribunal : \u201c La libert\u00e9 d\u2019expression est non seulement bien vivante, mais elle est g\u00e9niale ! \u201d(51) Cependant, ce proc\u00e8s a jet\u00e9 une ombre. Bien que Winfrey et Lyman aient \u00e9t\u00e9 innocent\u00e9s, ils se sont tout de m\u00eame retrouv\u00e9s avec des milliers de dollars de frais d\u2019avocat \u00e0 payer.(52) Inutile de pr\u00e9ciser que tout le monde ne peut pas se permettre une telle d\u00e9pense.<\/p>\n<p>\u00c0 ce jour, personne n\u2019a \u00e9t\u00e9 reconnu responsable dans le cadre d\u2019un proc\u00e8s pour diffamation alimentaire. Mais cela ne signifie pas pour autant que les lois sur la diffamation alimentaire aient manqu\u00e9 leur cible. L\u2019affaire \u201c Texas Beef Group c. Winfrey \u201d a fait passer le message que les d\u00e9fenseurs et les militants pourraient se voir confront\u00e9s \u00e0 d\u2019\u00e9normes frais juridiques simplement pour avoir os\u00e9 critiquer l\u2019industrie agroalimentaire. M\u00eame la puissante et influente Oprah Winfrey semble avoir \u00e9t\u00e9 intimid\u00e9e, malgr\u00e9 sa victoire apparente. Elle a refus\u00e9 de s\u2019exprimer publiquement sur cette affaire et refuse m\u00eame de diffuser l\u2019\u00e9pisode \u00ab Dangerous Foods \u00bb aux journalistes ou \u00e0 toute autre personne qui en ferait la demande.(53)<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Les lois sur la diffamation alimentaire sont manifestement inconstitutionnelles. Elles portent atteinte aux droits fondamentaux garantis par le Premier amendement et risquent de nous ramener \u00e0 l\u2019\u00e9poque ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019arr\u00eat New York Times c. Sullivan, lorsque le d\u00e9bat public \u00e9tait brid\u00e9 par la crainte de poursuites en responsabilit\u00e9 civile. Le Civil Liberties Defense Center s\u2019engage \u00e0 contester ces lois et \u00e0 d\u00e9fendre le droit de chacun \u00e0 soulever des questions et \u00e0 formuler des critiques sur des sujets d\u2019int\u00e9r\u00eat public.<\/p>\n<p>1. New York Times Co. c. Sullivan, 376 U.S. 254, 270 (1964).<br \/>\n2. Ibid.<br \/>\n3. Texas Beef Group c. Winfrey, 11 F.Supp.2d 858, 862.<br \/>\n4. Auvil c. CBS 60 Minutes, 67 F.3d 816<br \/>\n5. Ibid.<br \/>\n6. Ibid.<br \/>\n7. http:\/\/www.pbs.org\/tradesecrets\/docs\/alarscarenegin.shtml<br \/>\n8. Ibid.<br \/>\n9. Ibid.<br \/>\n10. Auvil c. CBS 60 Minutes, 67 F.3d 816<br \/>\n11.Id.<br \/>\n12. Ibid.<br \/>\n13. Ibid.<br \/>\n14. http:\/\/advocacy.britannica.com\/blog\/advocacy\/2009\/11\/burger-bashing-and-sirloin-slander-food-disparagement-laws-in-the-united-states\/<br \/>\n15. Ibid.<br \/>\n16. Ibid.<br \/>\n17. Lyman, Howard F. *Mad Cowboy : la v\u00e9rit\u00e9 sans d\u00e9tours d\u2019un \u00e9leveur de b\u00e9tail qui ne mange pas de viande*. Scribner. New York. 1998.<br \/>\n18. Texas Beef Group c. Winfrey, 201 F.3d 680, 682.<br \/>\n19. Ibid.<br \/>\n20. Ibid.<br \/>\n21. Lyman, Howard F. *Mad Cowboy : la v\u00e9rit\u00e9 sans d\u00e9tours d\u2019un \u00e9leveur de b\u00e9tail qui ne mange pas de viande*. Scribner. New York. 1998<br \/>\n22. Ibid.<br \/>\n23. Lyman, Howard F. Mad Cowboy : La v\u00e9rit\u00e9 sans fard du fermier bovin qui ne mange pas de viande. Scribner. New York. 1998<br \/>\n24. Texas Beef Group c. Winfrey, 201 F.3d 680, 682.<br \/>\n25. Texas Beef Group c. Winfrey, 201 F.3d 680, 682<br \/>\n26. Ibid.<br \/>\n27. Id. \u00e0 la page 684.<br \/>\n28. http:\/\/advocacy.britannica.com\/blog\/advocacy\/2009\/11\/burger-bashing-and-sirloin-slander-les-lois-sur-la-diffamation-alimentaire-aux-etats-unis\/<br \/>\n29. Texas Beef Group c. Winfrey, 201 F.3d 680, 683.<br \/>\n30. Texas Beef Group c. Winfrey, 11 F.Supp.2d 858, 861.<br \/>\n31. Ibid.<br \/>\n32. Ibid.<br \/>\n33. Ibid.<br \/>\n34. Ibid.<br \/>\n35. Texas Beef Group c. Winfrey, 201 F.3d 680, 688.<br \/>\n36. Ibid. p. 684 37. Ibid.<br \/>\n38. Idem.<br \/>\n39. Ibid.<br \/>\n40. Idem.<br \/>\n41. Idem.<br \/>\n42. Id. Il convient de noter que \u201cles choses ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablies\u201d un an plus tard lorsque le minist\u00e8re de l'Agriculture des \u00c9tats-Unis (USDA) a finalement interdit l'utilisation de suppl\u00e9ments alimentaires de ruminants \u00e0 ruminants pour les bovins en raison du risque de maladie de la vache folle, donnant raison aux pr\u00e9occupations de Lyman, et non \u00e0 celles des \u00e9leveurs.<br \/>\n43. Id.<br \/>\n44. Id. \u00e0 685. Voir http:\/\/advocacy.britannica.com\/blog\/advocacy\/2009\/11\/burger-bashing-and-sirloin-slander-food-disparagement-laws-in-the-united-states\/<br \/>\n45. Texas Civil Practice and Remedies Code, Titre 4, Section 96 : Diffamation mensong\u00e8re de produits alimentaires p\u00e9rissables.<br \/>\n46. Texas Beef Group c. Winfrey, 11 F.Supp.2d 858, 864.<br \/>\n47. Texas Beef Group c. Winfrey, 201 F.3d 680, 690.<br \/>\n48. Texas Beef Group c. Winfrey, 11 F.Supp.2d 858, 863.<br \/>\n49. Id. \u00e0 la page 863.<br \/>\n50. Idem.<br \/>\n51. http:\/\/advocacy.britannica.com\/blog\/advocacy\/2009\/11\/burger-bashing-and-sirloin-slander-food-disparagement-laws-in-the-united-states\/<br \/>\n52. Ibid.<br \/>\n53. Sheldon Rampton, John Stauber (1997). Mad Cow USA: Could the nightmare happen here? Madison, WI : Common Courage Press. p. 192. ISBN 1567511112.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1964, dans l'affaire New York Times c. Sullivan, la Cour supr\u00eame des \u00c9tats-Unis a statu\u00e9 que le Premier Amendement prot\u00e8ge les individus qui font des d\u00e9clarations diffamatoires relatives \u00e0 des questions d'int\u00e9r\u00eat public, tant que ces d\u00e9clarations ne sont pas faites avec une malveillance r\u00e9elle ou une n\u00e9gligence t\u00e9m\u00e9raire quant \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. La Cour est parvenue \u00e0 cette d\u00e9cision \u201c dans le contexte d'un profond engagement national envers le principe que le d\u00e9bat sur les questions publiques doit \u00eatre libre, \u00e9nergique et ouvert \u00e0 tous \u201d (1). 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