Retour à la zone de guerre

12 novembre 2016

 

Je vous écris depuis l'aéroport de Minneapolis alors que je retourne à Standing Rock, Dakota du Nord. Le CLDC arrive cette fois avec toutes ses ressources et plein d'énergie. Je suis accompagné par le coordonnateur de l'éducation en cybersécurité du CLDC (et économiste politique), le Dr Jamil Jonna, et par la Dre Erin Chaparro, membre du CLDC et psychologue. Nous défendrons des protecteurs de l'eau devant les tribunaux et aiderons à organiser le soutien judiciaire pour plus de 470 personnes arrêtées ; nous poursuivrons les actions en matière de droits civils que nous menons contre les policiers et les prisons ; Jamil s'assurera que les ordinateurs et les communications soient aussi sécurisés que possible ; et Erin apportera son soutien aux protecteurs de l'eau et aux jeunes de Standing Rock, dont des centaines et des milliers souffrent maintenant de traumatismes causés par une police violente et militarisée, ainsi que par la surveillance et le harcèlement constants de la part des policiers et des voyous de la sécurité privée de DAPL.

Je suis également très heureux d'annoncer que Richard Monje, membre du conseil consultatif du CLDC — vice-président international de Workers United (SEIU) à Chicago et directeur du Chicago & Midwest Regional Join Board (CMRJB) — se joindra également à nous à Standing Rock. Richard est à l'avant-garde de la lutte contre les attaques contre les travailleurs dans le Midwest, et le CMRJB est réputé pour son organisation de travailleurs à bas salaires. Richard et plusieurs de ses camarades syndicalistes ont collecté des dons et des fournitures et ont conduit une caravane vers le camp de Standing Rock en solidarité avec le mouvement climatique indigène. L'organisation inter-mouvements sera d'une importance capitale dans les jours, mois et années à venir. Le renforcement des liens entre nos mouvements sera essentiel pour les luttes à venir.

Alors que je faisais ma valise hier soir (les masques à gaz sont difficiles à faire rentrer dans une valise à roulettes) j’ai été fréquemment interrompu par des appels téléphoniques de Standing Rock. D’un ton sombre et exaspéré, des amis et des militants m’ont informé que la police installait du fil de fer barbelé autour du camp. La force de police militarisée se rassemblait et le camp semblait grouiller d’agents des forces de l’ordre infiltrés. Bien que les agences gouvernementales et même le président Obama aient demandé à DAPL et à Energy Transfer Partners (ETP) de cesser et d’abandonner leurs efforts pour commencer à forer sous le lac Oahe – un lac fédéral appartenant à la nation près du territoire Sioux de Standing Rock – DAPL a continué à rassembler du matériel de forage et semble prête à ignorer la suspension du permis de forage sous le lac imposée par le Corps des ingénieurs de l’armée – tant pis pour les tribus et les autres parties prenantes. Il est clair que le seul problème qui intéresse DAPL, c’est son profit et sa cupidité. L’indifférence de ETP transparaît dans la déclaration exaspérante de l’une de ses porte-parole : “ La construction est en fait terminée dans le Dakota du Nord, à l’exception du forage sous le lac, donc il n’y a rien pour eux à arrêter. ” Je crois que les protecteurs de l’eau ont une perspective très différente. En fait, je sais qu’ils l’ont. Le camp se remplit de gens prêts à mettre leur corps en jeu. Les deux prochaines semaines seront décisives pour la résistance. S’il y a jamais eu un moment pour rejoindre la résistance à ce pipeline en signe de solidarité, c’est maintenant.

J'ai aussi beaucoup réfléchi au racisme environnemental extrême qui se déroule ici, particulièrement à la lumière de la victoire inimaginable d'un climato-sceptique raciste et sexiste à la présidence des États-Unis.

Source: Carl Sack, “A #NoDAPL Map: This pipeline could endanger the drinking water of millions,” The Huffington Post, 11/2/2016.

Source : Carl Sack, “ Une carte #NoDAPL : cet oléoduc pourrait mettre en danger l'eau potable de millions de personnes ”, The Huffington Post, 2 novembre 2016.

Beaucoup d’entre vous savent peut-être que, selon un document déposé dans le cadre de la procédure d’autorisation, le tracé initialement proposé pour cet oléoduc de 1 172 miles prévoyait qu’il traverse le fleuve Missouri au nord de Bismarck, dans le Dakota du Nord. Le tracé finalement retenu, et actuellement en cours de construction, a déplacé le point de franchissement du fleuve par l’oléoduc transportant du pétrole brut issu de la fracturation hydraulique d’environ 50 miles au sud de la capitale du Dakota du Nord, juste en amont de la réserve sioux de Standing Rock. Le Corps des ingénieurs de l’armée américaine a rejeté le tracé au sud de Bismarck afin de protéger les puits qui alimentent en eau potable la population majoritairement blanche de Bismarck (92,4%). Comme pour le tracé de l’oléoduc Keystone XL et de nombreux autres projets de ce type, le racisme environnemental d’une élite blanche riche et puissante a pratiquement garanti la tragédie environnementale que cet oléoduc finira par provoquer, au détriment des peuples autochtones. Tout comme pour les “ braves gens blancs ” de Bismarck, le fleuve Missouri constitue la principale source d’eau potable pour de nombreux Amérindiens (notamment les Sioux de Standing Rock et d’autres) qui vivent en aval. S’il était dangereux de creuser sous le Missouri près de Bismarck, il est d’autant plus dangereux de le faire près de Standing Rock. Toute distinction affirmant le contraire relève d’un racisme sans équivoque. Récemment, le révérend Jesse Jackson s’est rendu à Standing Rock et a qualifié ce “ changement de tracé ” de “ cas le plus flagrant de racisme environnemental que j’ai vu depuis longtemps » (Yessenia Funes, «Jesse Jackson dans le Dakota du Nord pour contester le pipeline Dakota Access, Color Lines, 26 octobre 2016).

Il est pratiquement certain que cette parodie d’histoire se répétera dans les années à venir, et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles la solidarité est essentielle en ces temps sombres. Beaucoup m’ont également demandé ce que je pensais qu’il allait se passer ici avec un président Drumpf. Rien de bon, mes amis. Trump a investi dans Energy Transfer Partners (les bailleurs de fonds du DAPL) et son PDG, Kelcy Warren, a versé $103 000 à la campagne de Trump. Cet argent a apparemment été bien dépensé. Warren a déclaré à CBS News qu’il était “ sûr à 100 % ” que le projet d’oléoduc irait de l’avant sous la présidence de Trump. Fidèle à lui-même, Trump a également promis récemment de relancer le projet d’oléoduc Keystone XL. Il est clair que le DAPL est engagé dans une course vers le bas et qu’il sera encore plus disposé à continuer de malmener les « Water Protectors » et les manifestants non violents à mesure que la tragédie se déroule. L’heure est venue d’attirer l’attention sur chaque banque et chaque source de financement de ce cas odieux d’injustice environnementale.

Le moment est venu de passer à l'action, pour les militants écologistes, les travailleurs, les familles, les gens de foi, les inmigrants, les minorités raciales, les femmes… tous ceux qui acceptent le fait élémentaire que l'eau est la vie, et que les entreprises ne peuvent plus profiter de l'apocalypse climatique. En bâtissant la solidarité à Standing Rock, nous pouvons jeter les bases de la lutte pour la justice de toutes les communautés marginalisées. S'il est quelque chose de clair après l'élection, c'est que nous devrons nous battre sur tous les fronts, ensemble.

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